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Expert-comptable commerçant : stock, marge, caisse et régime fiscal

Un commerce se juge à sa marge, et sa marge dépend d'un stock bien compté. Selon votre chiffre d'affaires, vous restez en micro-entreprise ou vous passez au régime réel ; dès que vous facturez la TVA à des particuliers, votre caisse doit être sécurisée. Cette page réunit les seuils de 2026, la marge d'une boutique calculée pas à pas et ce qu'un expert-comptable apporte à un commerçant au fil de l'année. Notre cabinet est installé rue du Colisée, à Paris 8e.

Par Mikhael Amsellem, associé du cabinet Publié le Chiffres 2026

Micro-entreprise
Jusqu'à 203 100 € de ventes par an, abattement de 71 %
Franchise de TVA
85 000 € de ventes sur l'année précédente
Inventaire
Au moins une fois tous les douze mois (Code de commerce, art. L123-12)
Logiciel de caisse
Sécurisé dès que vous facturez la TVA à des particuliers

Micro-entreprise ou régime réel : les seuils d'un commerce

Le commerçant qui vend des marchandises relève des seuils les plus élevés de la micro-entreprise. Il peut y rester tant que ses ventes ne dépassent pas 203 100 € par an, plafond de la micro-entreprise en 2026. L'impôt se calcule alors sur ses ventes, diminuées d'un abattement forfaitaire de 71 %, sans jamais descendre sous 305 €. Un dépassement isolé ne fait pas sortir du régime : il faut dépasser le plafond deux années de suite pour passer au réel le 1er janvier suivant.

La TVA obéit à d'autres seuils. Tant que vos ventes de l'année précédente restent sous 85 000 €, vous êtes en franchise en base de TVA : vos factures portent la mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI ». Si vous dépassez ce seuil, la TVA s'applique au 1er janvier suivant ; si vous dépassez 93 500 € en cours d'année, elle s'applique dès le jour du dépassement.

Une boutique peut donc rester en micro-entreprise pour l'impôt tout en facturant la TVA. Et l'abattement ne suit pas vos charges réelles : avec un loyer élevé ou des salariés, le régime réel taxe souvent un bénéfice plus faible.

Le simulateur auto-entrepreneur chiffre les cotisations et l'impôt d'une activité de vente.

Le stock, compté au moins une fois par an

Le Code de commerce impose un inventaire au moins une fois tous les douze mois (article L123-12). Pour un commerce, c'est le chiffre qui décide de la marge : ce qui reste en rayon au dernier jour de l'exercice n'est pas une charge de l'année, c'est un stock qui passera en charge quand il sera vendu.

L'inventaire se fait au coût d'achat, pas au prix de vente. Il révèle aussi ce que la caisse ne montre pas : la casse, le vol et les erreurs de réception, que l'on appelle la démarque. Un article de saison qui ne se vendra plus au prix d'achat se déprécie : nous le constatons dans les comptes plutôt que de le garder à sa valeur d'origine.

La marge d'une boutique, calculée pas à pas

La marge commerciale est la différence entre les ventes hors taxes et le coût d'achat des marchandises vendues, stock compris.

Exemple chiffré

Une boutique d'arts de la table du 11e arrondissement encaisse 186 000 € TTC sur l'exercice. Elle achète 82 000 € HT de marchandises ; son stock passe de 31 000 € au premier jour à 36 500 € au dernier.

Calcul de la marge de l'exercice
Ventes hors taxes 186 000 € TTC × 100 / 120155 000 €
Coût d'achat des marchandises vendues 82 000 € + 31 000 € − 36 500 €76 500 €
Marge commerciale78 500 €

Rapportée au coût d'achat, cette marge donne un taux de marge de 102,61 % ; rapportée aux ventes hors taxes, un taux de marque de 50,65 %. Le coefficient multiplicateur, ventes hors taxes divisées par le coût d'achat, est de 2,03.

Sans inventaire, la boutique aurait retenu ses seuls achats : une marge de 73 000 €, soit 5 500 € de moins. Avec 155 000 € de ventes hors taxes, elle reste sous le plafond de la micro-entreprise. Elle dépasse en revanche le seuil de franchise : elle reverse 31 000 € de TVA collectée, avant déduction de la TVA de ses achats. En micro-entreprise, elle serait imposée sur 44 950 €, quelles que soient ses charges.

Le simulateur de taux de marge refait ce calcul produit par produit, à partir d'un prix d'achat et d'un prix de vente.

La caisse et les encaissements

Dès que vous facturez la TVA et que vous enregistrez dans un logiciel de caisse les paiements de clients particuliers, ce logiciel doit être sécurisé : les données ne peuvent être ni effacées ni modifiées sans trace, et elles sont conservées et archivées. Le commerçant en franchise de TVA n'est pas concerné.

La preuve tient en un document : le certificat d'un organisme accrédité ou l'attestation individuelle de l'éditeur, de nouveau admise depuis le 21 février 2026. À défaut, l'amende est de 7 500 € par logiciel ou système de caisse, avec soixante jours pour régulariser.

Côté comptable, la clôture de caisse de chaque jour est la pièce de départ. Nous la rapprochons des remises d'espèces et des versements des terminaux de paiement : un écart se voit dans le mois, et non au bilan.

Pour retrouver le hors-taxe d'un prix affiché, à 20 % comme à 5,5 %, utilisez le simulateur de TVA.

Les soldes et le prix de référence

Les soldes ont lieu deux fois par an, pendant quatre semaines. Ceux d'hiver commencent le deuxième mercredi de janvier à 8 heures, ou le premier si le deuxième tombe après le 12 janvier. Ceux d'été commencent le dernier mercredi de juin, ou l'avant-dernier si le dernier tombe après le 28 juin. Seuls les articles en stock depuis au moins un mois peuvent être soldés, et le réassort est interdit pendant la période.

L'étiquette montre le prix réduit et le prix de référence : le prix le plus bas pratiqué dans les trente jours qui précèdent la réduction, et celui d'avant la première démarque quand les réductions se succèdent (Code de la consommation, article L112-1-1). Pour la comptabilité, les soldes pèsent sur le taux de marque des mois concernés : nous les isolons pour lire la marge du reste de l'année.

Quelle convention collective appliquer

C'est l'activité principale du commerce qui décide, pas son enseigne. Quelques exemples parmi les plus courants :

Conventions collectives du commerce de détail
Activité principale Convention IDCC
Arts de la table, droguerie, jouets, maroquinerie, bazar Commerces de détail non alimentaires 1517
Commerce à prédominance alimentaire Commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire 2216
Alimentation générale, supérette, de moins de onze salariés Commerce de détail alimentaire non spécialisé 1505
Primeur, crémerie-fromagerie, caviste, épicerie fine Métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé 3237
Vêtements et textiles Commerce de détail de l'habillement et des articles textiles 1483
Horlogerie et bijouterie Commerce de détail de l'horlogerie-bijouterie 1487
Librairie Librairie 3013
Pressing, blanchisserie Blanchisserie, teinturerie et nettoyage 2002

Sources : Code du travail numérique, fiches des conventions collectives ; Légifrance, champ d'application des conventions IDCC 1505 et 3237 du 12 janvier 2021. Consultés le 5 octobre 2026.

Notre fiche sur la convention des commerces de détail non alimentaires reprend sa grille et ses règles.

Pour une épicerie ou une supérette de moins de onze salariés, la fiche de la convention du commerce de détail alimentaire non spécialisé donne sa grille, sa prévoyance et sa mutuelle de branche ; au-delà de onze salariés, la fiche de la grande distribution alimentaire prend le relais.

Pour une boutique de vêtements, la fiche de la convention collective habillement vaut jusqu'à quatre magasins. À partir de cinq, celle des maisons à succursales d'habillement s'applique si ces magasins sont exploités sous une direction centrale commune, avec les mêmes méthodes de gestion commerciales et comptables ; sinon, la convention de l'habillement reste applicable.

Un magasin de bricolage de 400 m² au moins qui tient six rayons relève de la fiche de la convention collective bricolage.

Un commerce ou un atelier qui vend, loue ou répare du matériel agricole, de travaux publics ou de manutention relève de la convention SDLM (IDCC 1404), dont la fiche donne la grille de salaires.

Expert-comptable commerçant : notre mission

Notre mission suit le rythme du magasin : la caisse et les achats chaque mois, la TVA à chaque échéance, l'inventaire et le bilan une fois par an.

  1. 01

    À l'ouverture, nous choisissons avec vous votre régime : micro-entreprise ou réel, franchise ou TVA, à partir de votre prévisionnel de ventes et de charges.

  2. 02

    Chaque mois, nous rapprochons les clôtures de caisse des remises en banque, puis nous préparons la déclaration de TVA.

  3. 03

    À la clôture, nous valorisons l'inventaire et la dépréciation des articles qui ne se vendront plus à leur prix.

  4. 04

    Nous suivons la marge et le coefficient mois par mois, rayon par rayon quand votre caisse le permet.

Les écritures relèvent de notre mission de tenue comptable, la marge et les ratios de votre tableau de bord. Le calcul du seuil de rentabilité dit quel chiffre d'affaires couvre votre loyer et vos salaires. Sous un bail commercial, l'indice des loyers commerciaux sert à réviser ce loyer : notre actualité sur l'ILC du deuxième trimestre 2026 en donne un exemple chiffré.

Les commerces voisins

Neuf commerces de proximité appliquent ce qui précède, avec chacun un point qui ne vaut que pour lui.

Les autres pages de la famille Commerce, distribution et industrie : Automobile, Boulangerie, Industrie, Boucherie et charcuterie, Commerce de gros, Opticien, Grande distribution, Poissonnerie et Fleuriste. Toute la famille figure dans le plan des secteurs.

Librairie

Le prix d'un livre neuf est fixé par l'éditeur ou l'importateur. En magasin, vous pouvez accorder au plus 5 % de remise ; pour un livre expédié, les frais de port facturés au client sont d'au moins 3 € sous 35 € de commande. Les livres relèvent du taux réduit de TVA de 5,5 %. Les invendus se retournent au distributeur dans les délais qu'il fixe : nous suivons ces retours, qui deviennent des avoirs. La convention de la librairie (IDCC 3013) s'applique aux salariés.

Franchise

Avant de signer, le franchiseur doit vous remettre un document d'information précontractuelle et le projet de contrat au moins vingt jours à l'avance (Code de commerce, article L330-3). Lisez-y le droit d'entrée, l'assiette des redevances et les achats imposés : ce sont eux qui pèsent sur votre marge. Nous intégrons ces chiffres au prévisionnel avant la signature, puis nous vérifions chaque appel de redevance.

Épicerie

La plupart des denrées sont au taux réduit de 5,5 %. Les confiseries, la plupart des produits au chocolat et les boissons alcooliques suivent d'autres taux : chaque article doit avoir le bon taux dans la caisse. Une épicerie d'alimentation générale de moins de onze salariés relève en principe de la convention du commerce de détail alimentaire non spécialisé (IDCC 1505). Une épicerie fine relève plutôt de celle des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé (IDCC 3237).

Primeur

Fruits et légumes sont au taux réduit de 5,5 %. La marge d'un primeur dépend de ses pertes : une marchandise invendue se jette, et seul un inventaire régulier les mesure. Les salariés relèvent en principe de la convention des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé (IDCC 3237), en boutique comme sur les marchés.

Caviste

Le vin et les alcools sont au taux normal de 20 %, l'épicerie fine vendue à côté au taux réduit. Vendre de l'alcool à emporter demande une licence : la petite licence à emporter pour les boissons de moins de 18°, la licence à emporter au-delà. Entre 22 heures et 8 heures, la vente demande en plus un permis de vente de boissons alcooliques la nuit, obtenu après une formation et valable dix ans. Le caviste relève en principe de la même convention que le primeur et le fromager (IDCC 3237).

Fromagerie

Les fromages sont au taux réduit de 5,5 %. Les crémiers-fromagers appliquent en principe la convention des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé (IDCC 3237). L'affinage immobilise du stock pendant des semaines : il se compte à l'inventaire à son coût, et non au prix auquel il sera vendu une fois affiné.

Pressing

Un pressing vend des prestations de services, pas des marchandises. Il relève donc des seuils des services : 83 600 € pour la micro-entreprise, 37 500 € pour la franchise de TVA. Ses prestations sont au taux normal de 20 %. Les salariés relèvent de la convention de la blanchisserie, teinturerie et nettoyage (IDCC 2002).

Prêt-à-porter

Les collections se renouvellent chaque saison : à la clôture, un article de la saison passée vaut souvent moins que son prix d'achat, et cette dépréciation doit figurer dans les comptes. Les soldes et leurs règles de prix de référence comptent plus qu'ailleurs. Les salariés relèvent de la convention du commerce de détail de l'habillement et des articles textiles (IDCC 1483).

Bijouterie

Racheter de l'or à un particulier obéit à des règles strictes. L'achat fait l'objet d'un contrat écrit, remis au vendeur. Celui-ci dispose de quarante-huit heures pour se rétracter. Le paiement se fait par chèque barré ou par virement à son nom, jamais en espèces. Les salariés relèvent de la convention du commerce de détail de l'horlogerie-bijouterie (IDCC 1487).

Questions fréquentes

Un commerçant en franchise de TVA doit-il avoir une caisse certifiée ?

Non. Le BOFiP exclut de l'obligation les assujettis qui bénéficient de la franchise en base. Elle s'applique dès que vous facturez la TVA et que vous enregistrez les paiements de clients particuliers dans un logiciel ou un système de caisse.

Faut-il vraiment compter tout le stock chaque année ?

Oui. Le Code de commerce impose de contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l'existence et la valeur des éléments de l'entreprise, stock compris. Sans inventaire, la marge de l'année est fausse : un stock qui a grossi de 5 500 €, comme dans notre exemple, ferait disparaître autant de marge.

Quelle différence entre taux de marge et taux de marque ?

Les deux partent de la même marge, mais pas du même dénominateur. Le taux de marge la rapporte au coût d'achat des marchandises vendues, le taux de marque au prix de vente hors taxes. Dans notre exemple, la même marge donne 102,61 % de taux de marge et 50,65 % de taux de marque.

Peut-on écrire « soldes » sur une vitrine en dehors des périodes officielles ?

Non. Le mot et ses dérivés sont réservés aux deux périodes de quatre semaines fixées chaque année. En dehors, l'amende peut atteindre 15 000 € pour une personne physique et 75 000 € pour une société. Une promotion reste possible, sous un autre nom et avec un prix de référence.

Sources

  1. Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Micro-entreprise : seuils de chiffre d'affaires » (page mise à jour le 21 février 2026), consulté le
  2. Entreprendre.service-public.gouv.fr, régime micro-fiscal, abattements forfaitaires (page datée du 13 mai 2026), consulté le
  3. Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Franchise en base de TVA » (page mise à jour le 1er janvier 2026), consulté le
  4. Code de commerce, article L123-12, inventaire au moins une fois tous les douze mois, consulté le
  5. BOFiP, BOI-TVA-DECLA-30-10-30, « Obligation d'utilisation de logiciels ou systèmes de caisse sécurisés », § 10 à 35 et 270 à 290 (version en vigueur depuis le 25 mars 2026), consulté le
  6. BOFiP, BOI-CF-INF-20-10-20, « Amendes fiscales », § 550 à 580 (version en vigueur depuis le 25 mars 2026), consulté le
  7. Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Soldes : règles à respecter » (page datée du 21 janvier 2026), consulté le
  8. Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Vente de livres : prix de vente, droit de retour, label », consulté le
  9. Code de commerce, article L330-3, document d'information précontractuelle, consulté le
  10. Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Vente d'alcool à emporter la nuit », consulté le
  11. Code de la consommation, articles L224-96 à L224-99, contrats d'achat de métaux précieux (version en vigueur au 5 octobre 2026), consulté le
  12. Code monétaire et financier, article L112-6, paiement de l'achat de métaux par chèque barré ou virement (version en vigueur depuis le 15 juin 2025), consulté le
  13. Légifrance, convention collective nationale du commerce de détail alimentaire non spécialisé du 12 janvier 2021 (IDCC 1505), article 1er, champ d'application : alimentation générale, supérettes et supermarchés de moins de onze salariés, consulté le
  14. Légifrance, convention collective nationale des métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé du 12 janvier 2021 (IDCC 3237), codes d'activité 47.21Z, 47.25Z et 47.29Z, consulté le
  15. Code du travail numérique, convention collective IDCC 3237 (métiers du commerce de détail alimentaire spécialisé), consulté le
  16. Code de la consommation, article L112-1-1, prix antérieur d'une réduction de prix (version en vigueur depuis le 28 mai 2022), consulté le
  17. Code du travail numérique, conventions collectives IDCC 1517 (commerces de détail non alimentaires), consulté le
  18. Code du travail numérique, convention collective IDCC 2216 (commerce de détail et de gros à prédominance alimentaire), consulté le
  19. Code du travail numérique, convention collective IDCC 1505 (commerce de détail alimentaire non spécialisé), consulté le
  20. Code du travail numérique, convention collective IDCC 1483 (commerce de détail de l'habillement et des articles textiles), consulté le
  21. Légifrance, convention collective nationale du commerce de détail de l'habillement et des articles textiles (IDCC 1483), chapitre Ier, article 1er, champ d'application : moins de cinq fonds de commerce, exclusion des maisons à succursales, consulté le
  22. Code du travail numérique, convention collective IDCC 1487 (commerce de détail de l'horlogerie-bijouterie), consulté le
  23. Code du travail numérique, convention collective IDCC 3013 (librairie), consulté le
  24. Code du travail numérique, convention collective IDCC 2002 (blanchisserie, teinturerie et nettoyage), consulté le
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Mikhael Amsellem, associé du cabinet

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