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Expert-comptable influenceur : statut, produits reçus, contrat et TVA
Un influenceur est payé par des marques, parfois en produits, et par des plateformes souvent établies hors de France. Chaque forme de revenu suit sa règle : la catégorie d'imposition dépend de ce que vous publiez, un produit reçu se déclare comme un paiement, et un contrat écrit s'impose dès 1 000 € par marque et par an. Voici ces règles pour 2026, une année de collaborations chiffrée et ce que vérifie l'expert-comptable d'un influenceur.
Par Mikhael Amsellem, associé du cabinet Publié le Chiffres 2026
- Catégorie
- BIC pour l'influence commerciale, BNC pour la création de contenu, artistes-auteurs pour une création artistique
- Produits reçus
- Déclarés dès le premier euro, à leur valeur réelle, avec les autres revenus
- Contrat écrit
- Obligatoire dès 1 000 € hors taxes par marque sur l'année, produits compris
- Micro-entreprise
- 21,2 % de cotisations pour une activité commerciale de services, jusqu'à 83 600 €
Trois catégories possibles, selon ce que vous publiez
L'administration classe l'activité d'après le contenu publié, pas d'après le réseau. Trois cas se présentent.
- Vous faites la promotion de biens ou de services contre une rémunération ou un avantage en nature : c'est de l'influence commerciale. L'activité est commerciale, immatriculée au registre du commerce et des sociétés, et ses revenus relèvent des bénéfices industriels et commerciaux (BIC).
- Vous créez du contenu sans promouvoir de produit en échange d'une contrepartie : l'activité est indépendante, immatriculée au seul registre national des entreprises, et ses revenus relèvent des bénéfices non commerciaux (BNC).
- Votre contenu est une œuvre originale, comme les vidéos d'un vidéaste ou d'un vlogueur : vous pouvez relever du régime social des artistes-auteurs, dont l'Urssaf range ces deux activités parmi celles qui sont éligibles. C'est à vérifier avant la première déclaration.
Le classement change le prix de chaque euro gagné. En micro-entreprise, une activité commerciale de services cotise 21,2 % du chiffre d'affaires et bénéficie d'un abattement fiscal de 50 %. Une activité libérale non réglementée cotise 25,6 %, avec un abattement de 34 %. Beaucoup d'influenceurs mêlent plusieurs de ces activités : nous les séparons dès le départ, dans les factures comme dans les comptes.
Un produit reçu d'une marque est une recette
Un sac, un séjour, un téléphone ou un abonnement offert en échange d'une publication n'est pas un cadeau : c'est une rémunération en nature. Les avantages en nature reçus dans le cadre de l'influence commerciale se déclarent dès le premier euro, dans la même catégorie que les paiements en argent, aux impôts comme à l'Urssaf.
Ils s'inscrivent pour leur valeur réelle. Pour la fixer, l'administration renvoie à deux repères : la valeur indiquée par l'annonceur qui a fourni le produit, ou son prix moyen sur les places de marché et dans ses lieux de distribution. Quand le contrat écrit avec la marque mentionne cette valeur, il en devient le justificatif. Tenez un relevé, publication par publication : la date, la marque, le produit, la valeur retenue et la pièce qui la justifie. C'est ce relevé que nous reprenons pour vos déclarations.
Un contrat écrit dès 1 000 € par marque
La loi du 9 juin 2023 définit l'influence commerciale : mobiliser sa notoriété auprès de son audience, contre rémunération, pour promouvoir un bien, un service ou une cause par voie électronique. Elle impose d'afficher la mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » pendant toute la durée de la promotion, et interdit certaines promotions, comme celles des actes à visée esthétique ou des produits contenant de la nicotine.
Depuis le 1er janvier 2026, le contrat avec un annonceur doit être écrit dès que ses rémunérations et la valeur de ses avantages en nature atteignent 1 000 € hors taxes sur une même année. Le seuil se calcule pour un même objectif promotionnel. Il précise les missions, la rémunération ou la valeur des produits, les droits et obligations de chacun, notamment en matière de propriété intellectuelle, et la soumission au droit français. Sans écrit, le contrat est nul.
Pour la comptabilité, ce contrat sert aussi de pièce : il fixe la valeur des produits et la date à laquelle la rémunération est due.
Plateformes, marques étrangères et TVA
Tant que votre chiffre d'affaires annuel reste sous 37 500 €, la franchise en base vous dispense de facturer la TVA. Au-delà, vos factures aux clients établis en France portent la TVA au taux normal de 20 %.
Une prestation rendue à une entreprise établie dans un autre pays suit une autre règle : elle est imposable là où le client est établi. Une marque allemande ou une plateforme qui vous paie depuis l'étranger ne reçoit donc pas de TVA française : la facture est émise hors taxe et précise que la taxe est due par le client. Si vous êtes redevable de la TVA, ces ventes figurent quand même sur votre déclaration, dans la case prévue pour elles.
Le calcul de la TVA passe un tarif hors taxe en toutes taxes comprises pour vos clients français.
Une année de collaborations, chiffrée
Exemple chiffré
Une influenceuse exerce en micro-entreprise une activité d'influence commerciale, donc commerciale de services. En 2026, les marques lui versent 18 000 € et lui remettent des produits d'une valeur réelle de 3 200 €, en contrepartie de ses publications (hypothèses de l'exemple).
| Paiements reçus des marques | 18 000,00 € |
|---|---|
| Produits reçus, à leur valeur réelle | 3 200,00 € |
| Recettes à déclarer | 21 200,00 € |
| Cotisations sociales 21 200 € × 21,2 % | 4 494,40 € |
| Revenu imposable après abattement de 50 % | 10 600,00 € |
Les produits pèsent comme de l'argent : sans eux, ses cotisations seraient plus faibles, mais sa déclaration serait fausse. Une même marque lui a versé 2 400 € et remis 700 € de produits pour une campagne : 3 100 € au total, au-delà de 1 000 €, donc un contrat écrit obligatoire. Avec 21 200 € de recettes, produits compris, elle reste sous le seuil de la franchise de TVA et sous le plafond de 83 600 € de la micro-entreprise.
Le simulateur auto-entrepreneur refait ce calcul avec vos propres recettes.
Quand les recettes approchent du plafond, le simulateur SASU montre ce que donnerait une société.
Expert-comptable influenceur : notre mission
- 01
Au démarrage, nous classons vos revenus avec vous entre influence commerciale, création de contenu et création artistique, puis nous choisissons entre micro-entreprise et réel, franchise et TVA.
- 02
Chaque mois, nous rapprochons les versements des marques, des agences et des plateformes de vos factures, et nous reprenons votre relevé des produits reçus.
- 03
Nous préparons vos déclarations de chiffre d'affaires et, au-delà du seuil de la franchise, de TVA, ventes à l'étranger comprises.
- 04
Une fois par an, nous établissons les comptes ou la déclaration de résultat, et nous refaisons la comparaison entre micro-entreprise et société.
Les écritures relèvent de notre mission de tenue comptable ; le choix du statut, de notre mission de création d'entreprise.
Les erreurs fréquentes
- des produits reçus contre une publication jamais déclarés ;
- une campagne de plus de 1 000 € conclue par un simple échange de messages ;
- de la TVA française facturée à une marque établie dans un autre pays ;
- une activité commerciale déclarée en BNC, avec le mauvais taux de cotisations ;
- des comptes personnels et professionnels mêlés sur le même compte bancaire.
Les métiers voisins
Deux façons proches de vivre de son audience, avec leurs propres points d'attention.
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Créateurs de contenu
Un créateur qui vit des abonnements ou des dons de sa communauté n'est pas forcément un influenceur. Sans promotion d'un produit contre contrepartie, ses revenus relèvent en principe des bénéfices non commerciaux. S'il vend aussi des objets à son nom (vêtements, carnets, affiches), cette part est une vente de marchandises : en micro-entreprise, elle cotise 12,3 % et son plafond est de 203 100 €. Deux activités, deux suivis : nous ventilons chaque encaissement dès la saisie.
Youtubeurs
La part des revenus publicitaires reversée par une plateforme rémunère la création de contenu, sans promotion d'un produit : elle relève en principe des bénéfices non commerciaux. Pour les cotisations, le vidéaste et le vlogueur qui créent des œuvres originales peuvent relever du régime des artistes-auteurs, qui les cite parmi ses activités éligibles. Un placement de produit glissé dans une vidéo, lui, est de l'influence commerciale : mention « Publicité » ou « Collaboration commerciale » pendant toute la séquence, et contrat écrit au-delà du seuil. La plateforme étant le plus souvent établie hors de France, ses versements suivent la règle de TVA des clients étrangers.
Questions fréquentes
Un influenceur doit-il déclarer les produits que les marques lui envoient ?
Oui, quand ils sont la contrepartie d'une publication. Les avantages en nature reçus dans le cadre de l'influence commerciale se déclarent dès le premier euro, dans la même catégorie que les autres revenus, pour leur valeur réelle. La valeur indiquée par la marque, ou le prix moyen du produit sur les places de marché et dans ses lieux de distribution, sert de référence.
À partir de quel montant le contrat avec une marque doit-il être écrit ?
Depuis le 1er janvier 2026, dès que les rémunérations et la valeur des avantages en nature versés par un même annonceur au cours d'une année, pour un même objectif promotionnel, atteignent 1 000 € hors taxes. Le contrat écrit doit alors préciser les missions, la rémunération ou la valeur des produits, les droits de chacun, notamment de propriété intellectuelle, et la soumission au droit français. À défaut, il est nul.
Faut-il facturer la TVA à une plateforme étrangère ?
Pas de TVA française quand le client est une entreprise établie dans un autre pays : la prestation est imposable là où il est établi, et c'est lui qui acquitte la taxe. Votre facture est émise hors taxe et indique que la TVA est due par le client. Pour vos clients établis en France, la TVA s'applique au taux de 20 % une fois le seuil de la franchise dépassé.
Influenceur, créateur de contenu ou artiste-auteur : quelle différence pour les impôts ?
Promouvoir des biens ou des services contre une rémunération ou un avantage en nature est une activité commerciale, imposée dans les bénéfices industriels et commerciaux. Créer du contenu sans cette promotion relève des bénéfices non commerciaux. Une création artistique peut relever du régime des artistes-auteurs : l'Urssaf range le vidéaste, le vlogueur et le blogueur parmi les activités éligibles, à condition de créer une œuvre originale.
Sources
- Loi n° 2023-451 du 9 juin 2023 visant à encadrer l'influence commerciale et à lutter contre les dérives des influenceurs sur les réseaux sociaux, articles 1er, 5 et 8 (Légifrance), consulté le
- Décret n° 2025-1137 du 28 novembre 2025 portant application de l'article 8 de la loi n° 2023-451, seuil de 1 000 euros hors taxes, en vigueur le 1er janvier 2026 (Légifrance), consulté le
- Economie.gouv.fr, « Ai-je une activité d'influence commerciale et quelles sont les démarches à suivre ? », consulté le
- Urssaf, « Vérifier que votre activité relève du régime artiste-auteur », conditions et activités du web : vidéaste, vlogueur, blogueur, consulté le
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Régime fiscal de la micro-entreprise » (fiche à jour au 13 mai 2026), consulté le
- Entreprendre.service-public.gouv.fr, « Cotisations sociales d'un micro-entrepreneur : ce qu'il faut savoir » (fiche à jour au 1er janvier 2026), consulté le
- Code général des impôts, article 259, lieu des prestations de services rendues à un preneur assujetti (Légifrance), consulté le
- BOFiP, BOI-TVA-CHAMP-20-50-10, lieu des prestations de services : qualité du preneur, siège et établissement stable, consulté le